Relation-pansement

Qu’est-ce qu’une relation-pansement ?

Avez-vous déjà eu l’impression de ne pas savoir pourquoi vous restiez avec votre partenaire malgré vous ? D’avoir autant de sentiment de malaise, de dégoût voire d’indifférence quand vous pensez à lui et de pourtant, vous entêtez à rester dans cette relation ? Vous dîtes-vous parfois que même si vous savez pertinemment que vous n’êtes pas épanouie sentimentalement parlant, cette relation vous sécurise affectivement ?

Ces signes sont tout autant de symptômes d’une relation-pansement.

Quand on parle de relation-pansement, on pense souvent aux relations « qui nous sauvent et nous rassurent », souvent remplacées et consommées tout de suite après une rupture difficile. C’est exactement ce dont il s’agit : une relation superficielle choisie par remplacement à un vide affectif qui ne parvient pas à être assouvi.

Pensez par exemple à la problématique de l’emploi : vous cherchez du travail et postulez à un poste prestigieux, à haute responsabilité et vis-à-vis duquel il y a beaucoup de concurrence. Vous êtes prise à l’entretien et faîtes de votre mieux pour vous présenter sous votre meilleur jour. Malheureusement, l’employeur ne semble pas recherché votre profil et vous n’êtes pas retenu. Le temps passant, vous finissez par angoisser à l’idée de ne trouver aucun poste et vous élargissez vos critères : moins de qualification, moins de salaire, plus loin, tâches plus difficiles ou moins attrayantes… et en adoptant cet état d’esprit relativiste, vous finissez par signer sans grande satisfaction un emploi pour lequel votre cœur ne bat pas vraiment.

Voilà que pendant votre prise de poste, vous remarquez que vous n’êtes pas du tout engagé dans ce travail : vous arrivez en retard, n’êtes pas motivée, ne faîtes pas de votre mieux et ne cherchez même plus un poste meilleur, car vous êtes persuadée que vous ne trouverez jamais mieux. Après tout, vous passez vos journées à regarder le plafond, et cette idée est tout de même réconfortante.  

C’est exactement le même mécanisme avec les relations-pansement. Soit elles interviennent dans une période de détresse conséquente lorsque l’on subit une rupture difficile : on ressent alors le besoin de remplacer la phase de deuil et de solitude par la présence de quelqu’un d’autre pour nous consoler et nous distraire, soit on a l’impression de ne pas attiré les hommes qui nous plaisent et finissons par accepter les demandes d’hommes qui ne nous attirent pas.

Alors au début on est tout de même rassurée : dans ses yeux on est merveilleuse, parfaite, il fait tout pour nous et cela nous fait du bien. Mais quand le temps passe et que cette relation devient sérieuse, c’est là que la vérité refait surface : soit on est pas prête à s’engager, soit on se rend compte de la différence entre nous et cette personne.

Souvent, les symptômes des relations-pansement passent par les émotions : sensation de dégoût quand on pense à l’autre, on ne peut pas s’empêcher de le trouver ridicule ou sans intérêt, baisse de la libido (après tout, on ne l’a jamais vraiment désiré), besoin de regarder les autres hommes en se montrant disponible, possible infidélité (pas vécu comme un manque de respect à l’autre mais comme une vérité intérieure s’exprimant malgré soi, via l’infidélité). Très souvent également, ce sont des relations soit à sens unique – un seul partenaire s’investit dans la relation et se retrouve tout seul face à la distance de l’autre – soit très vides : les partenaires peuvent s’être choisi mutuellement comme « objet transitionnel » de remplacement sans se trouver aucune complicité, aucun point commun. Ils paraissent alors comme deux inconnus marchant dans le même sens à qui l’on aurait assigné le rôle de couple sans que celui-ci ne se soit formé de manière naturelle. Ils sont ensemble, parce-qu’ils ne sont pas avec quelqu’un d’autre.

Ce sont des relations déstructurantes dans la mesure où elles appauvrissent la vie psychique : la dynamique de couple est superficielle, la sexualité est mécanique, il n’y a aucun élan pulsionnel dans cette relation. On ne prend aucun plaisir et l’on ne souffre pas non plus. On est dans un état de constance pulsionnelle.

Quand on est dans ce genre de relation, le changement réside dans la capacité de l’individu de prendre conscience du déni absolu dans lequel il se trouve, sans en porter la une culpabilité bloquante : il pourra alors développer son auto-compassion en comprenant qu’il s’est engagé dans cette relation pour se protéger et que cette stratégie était la meilleure dont il pouvait disposer à ce moment-là. Cette relation est vouée à l’échec car si les partenaires sont trop différents : en termes de valeurs, de projets de vie, d’ambition, de personnalités, aucune passion n’est possible. Une fois que chacun s’en sentira capable, une rupture consciente et verbalisée pourra signer l’entrée de chacun dans un état de conscience émotionnelle authentique. Ensuite, ils devront chacun apprendre à développer leur connaissance d’eux-même, leur estime personnelle, retracer leur histoire pour unifier la constitution de leur Moi (et pas seulement continuer à porter le masque social qui n’exprime aucune subjectivité). A ce stade, ils seront plus à même de supporter leur propre présence à eux-mêmes et de ne plus avoir besoin de « remplacer » leurs problématiques individuelles par la présence d’un tiers.

Chloé Merckaert – S’aimer +.

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